L’art à la rencontre de la science
Lorsqu’on prend une technologie aussi controversée que le diagnostic préimplantatoire (DPI) et qu’on s’en sert pour créer une exposition sur « l’art génomique », la conversation passe des « clips sonores sur l’éthique » à un dialogue public plus attrayant.
C’est ce qu’a constaté Holly Longstaff quand elle a eu l’idée, alors qu’elle rédigeait sa thèse de doctorat sur la communication du risque et les nouvelles technologies, de Distorted Conversation: On and Offline Explorations of Genomic Art (conversations dénaturées : explorations en ligne et hors ligne de l’art génomique ».
Mme Longstaff a eu l’idée d’une installation artistique avec son blogue dans lequel elle a invité les participants à lui faire part de leurs espoirs et de leurs préoccupations au sujet du DPI. Avec le consentement des participants à son blogue, Mme Longstaff a « réduit » des portions de leurs conversations en minuscules bouts de texte qu’elle a collés sur des boîtes de Petri semblables à celles qu’on utilise dans le DPI. Les visiteurs de l’exposition ont ensuite été invités à participer à cette « conversation déformée » en regardant les bribes de conversation de la lentille d’un microscope.
« Cela m’importunait de voir les questions complexes entourant le DPI réduites à ce que j’appelle des "accroches éthiques" explique Mme Longstaff. Cette installation m’a permise de m’exprimer – de montrer comment ces petites accroches peuvent être réductrices. Je crois aussi qu’il est très prometteur de passer par les arts pour inviter le public à parler des technologies émergentes. »
Mme Longstaff est depuis longtemps fascinée par l’exploration de nouvelles méthodes de participation du public aux technologies émergentes, telles le théâtre, l’art et autres. Son intérêt marqué pour les arts dans le contexte universitaire date de ses études de premier cycle à l’Université du Manitoba où elle a obtenu une double majeure en théâtre et en philosophie. Après avoir joué comme comédienne professionnelle pendant six ans, elle est revenue aux études et a obtenu, en 2004, une maîtrise en gestion des ressources et études environnementales à l’Université de la Colombie-Britannique.
« J’adorais les arts, mais j’aimais aussi la rigueur de la recherche universitaire. »
Lorsqu’elle a entrepris un programme de doctorat sur la communication des risques et la bioéthique, Mme Longstaff a pu mettre à profit ses antécédents en théâtre. Dans le cadre d’un projet de recherche financé par les IRSC, elle a brièvement travaillé comme adjointe de recherche à la production d’Orchids, une pièce de théâtre sur le DPI dirigée par Mme Sue Cox et M. Jeff Nisker. Lorsque Génome BC a par la suite parrainé la production d’une pièce de Caryl Churchill sur le clonage intitulée A Number, on a eu recours aux services de Mme Longstaff entre autres pour rédiger un rapport sur le projet.
C’est au cours de ses recherches de doctorat sur le DPI que la créativité de Mme Longstaff a trouvé une nouvelle forme : l’art génomique. Son œuvre a été montrée dans des galeries aux États-Unis comme au Canada et on peut maintenant voir son art en ligne, y compris l’exposition du groupe virtuel parrainé par Génome BC intitulée Allegories of the Genome Project, exposition qui explore la science de la génétique et de la génomique d’un point de vue artistique. Mme Longstaff collabore actuellement avec Mme Sonja Hébert, artiste des arts visuels de Vancouver.
Mme Longstaff explique : « Les arts représentent un moyen fantastique de favoriser le dialogue avec le public et le débat sur les aspects sociaux et éthiques des nouvelles technologies dont on ne parle pas toujours dans la littérature scientifique. »
Maintenant boursière aux études postdoctorales au CAE, Mme Longstaff fait partie de deux équipes de recherche multidisciplinaires qui élaborent des méthodes novatrices de communication des risques relatives aux changements climatiques mondiaux et des projets de recherche sur les cellules souches. Au bout du compte, Mme Longstaff veut trouver des nouveaux moyens d’aider les gens à prendre des décisions mieux éclairées sur les « dangers systémiques ».
« Les domaines du risque ont changé de manière spectaculaire. Les changements climatiques, le génie génétique, la biotechnologie – ces nouveaux risques sont illimités », explique-t-elle. Les technologies nouvelles et émergentes peuvent avoir des répercussions que nous ne connaissons pas encore ou que nous ne pouvons même pas imaginer; il nous faut de nouveaux moyens de faire participer le public. Les dangers systémiques comme les changements climatiques entraînement d’immenses changements et nous ne pouvons aller de l’avant sans le public. Un public bien informé est capable de trouver des solutions véritablement originales à des problèmes – des solutions que des experts ne peuvent trouver seuls. »
Mme Longstaff reconnaît que « dire que nous avons besoin de la participation du public à la prise de décisions est une « évidence », mais elle cherche à "appliquer les leçons apprises" de la controverse entourant le DPI et à réunir des éléments de preuve empiriques solides pour définir des méthodes de communication des risques et d’engagement du public qui fonctionnent, qui nous aideront à progresser. »
« Si nous parvenons à en tirer quelques leçons, nous pourrons peut-être prévenir les nouveaux dangers systémiques. »
Maintenant qu’elle a obtenu un doctorat, elle prend le temps d’une pause pour lire un bon livre. Même si elle reconnaît qu’elle a parfois été « boulimique » d’émissions de télé réalité populaires comme « Top Chef » et « Project Runway » alors qu’elle rédigeait sa thèse, Mme Longstaff n’a pas lu strictement pour le plaisir pendant les cinq années de son programme doctoral de recherche (« je pensais que je ne devais lire que des livres utiles pour la rédaction de ma thèse »), de sorte qu’immédiatement après avoir défendu sa thèse en septembre 2009, elle s’est lancée dans la littérature d’évasion. Son premier choix? Un roman d’Agatha Christie.
Instantané
Intérêts de recherche : expérimentation et évaluation de nouvelles méthodes de communication des risques d’engagement du public axées sur le débat
Objectif de recherche : aider les gens à prendre de meilleures décisions au sujet des dangers systémiques
Sujets : environnement (aquaculture des salmonidés, changements climatiques mondiaux et infrastructures résistantes aux catastrophes), santé (diagnostic préimplantatoire (DPI) et recherche sur les cellules souches)
Mentors : MM. Michael McDonald et Tim McDaniels
Faits saillants de sa biographie
- baccalauréat (philosophie et théâtre) (1995)
- comédienne professionnelle (1995-2000)
- études préalables à la maîtrise en philosophie et en géographie, Université du Manitoba (2000-2001)
- stage, Harvard Radcliffe Summer Theatre, Loeb Drama Center de l’Université Harvard (études de Chekhov et de Shakespeare) (2001)
- maîtrise, Gestion des ressources et études environnementales, Institute for Resources, Environment, and Sustainability, Université de la Colombie-Britannique (2004)
- boursière d’études doctorales du Programme d’éthique de la recherche en santé et de la formation stratégique des IRSC par l’entremise du CAE : a contribué à la création d’un processus d’engagement du public axé sur le débat afin de combler les lacunes dans l’élaboration des politiques sur la génomique et les questions de génétique (partie du projet financé par Génome Canada et Génome BC « Édification d’une architecture GE3LS » ou « GE3LS ARC ») (2004-2009)
- doctorat sur la communication du risque, Université de la Colombie-Britannique (2009)
- actuellement boursière d’études postdoctales au Centre for Applied Ethics (CAE) de l’Université de la Colombie-Britannique