M. Meulien a récemment répondu à quelques questions sur son point
de vue sur GE3LS et l'importance relative de ce domaine dans la
« bioéconomie mondiale » actuelle. Nous lui avons aussi demandé
quels nouveaux enjeux en génomique pourraient, à son avis,
influencer la société.
Q. : Comme vous le savez, il est assez unique de la part de Génome Canada
d'exiger « l'intégration » de la recherche en sciences sociales dans la
plupart des projets scientifiques qu'elle finance. Pourquoi, à votre
avis, cette intégration est-elle importante? Comment cette volonté
d'intégrer la recherche GE3LS positionne-t-elle le Canada sur la
scène internationale?
R. : L'acceptation des nouvelles technologies par la société a plutôt été
inégale, en particulier lorsqu'on considère, par exemple, la résistance
soutenue à la culture de végétaux génétiquement modifiés en Europe.
La variété des applications possibles de la génomique est si grande
(dans tous les secteurs des sciences de la vie) et l'investissement
initial si élevé qu'il nous faut considérer de très nombreux aspects
sociétaux très tôt dans la conception, l'élaboration et la mise en
œuvre des nouvelles solutions novatrices, si l'on veut que la bioéconomie
future puisse prospérer.
Voilà pourquoi nous demandons à nos équipes de projet d'intégrer la
recherche en sciences humaines et en sciences sociales à leurs
programmes de recherche scientifique, afin que les aspects précis
des enjeux économiques, éthiques, environnementaux, légaux et
sociaux puissent être approfondis à la fois par les chercheurs
et les spécialistes des sciences sociales, et que, de cette manière,
tout le projet soit plus utile aux utilisateurs finaux potentiels.
À cet égard, le Canada est considéré comme un chef de file mondial et il a
retenu l'attention de nombreux érudits qui s'intéressent au rôle de la
science dans la société.
Q. : Vous avez déclaré que le Canada est dans une « bioéconomie mondiale ».
Qu'est-ce que cela veut dire pour GE3LS?
R. : Un grand nombre de préoccupations mondiales de l'humanité ont leurs racines
dans les sciences de la vie : la production et la sécurité alimentaires,
les nouvelles sources d'énergie comme les biocarburants, les préoccupations
environnementales et la conservation de la biodiversité de la planète, de
même que la montée en flèche et en apparence incontrôlable des coûts des
soins de santé dans les pays industrialisés. Si elle est bien intégrée,
la recherche GE3LS pourrait s'avérer un facteur de réussite clé de la
capacité du Canada de contribuer à la bioéconomie future qui, selon les
estimations de l'OCDE, pourrait représenter presque 3 % du PIB mondial
d'ici 2030.
Par ces activités, nous pourrons aplanir les obstacles à l'application
et à la mise en œuvre réussies dans la société. Comment les Canadiennes
et les Canadiens profiteront-ils de ces nouvelles technologies? Leur mise
en œuvre sera-t-elle économiquement réalisable et acceptée par les payeurs,
les consommateurs et les utilisateurs finaux?
En raison de ses ressources naturelles – de sa masse continentale consacrée
à la production alimentaire (bétail et cultures), l'importance de ses océans
qui assurent un environnement propre à la fois pour les pêches au poisson
sauvage et l'industrie prospère de l'aquaculture, ses grandes forêts et
son système de santé financé par l'État –, le rôle du Canada dans la
bioéconomie mondiale sera disproportionnellement élevé. L'étude des
contextes réglementaires, éthiques et économiques dans lesquels nous
mettrons en œuvre les technologies de la génomique nous aidera à
diminuer les risques d'échec.
Q. : Quelles ont été vos premières impressions lorsque vous êtes passé d'un centre
régional à la scène nationale?
Le principal défi à relever n'est pas une surprise : comment pouvons-nous faire de
la génomique au Canada – un chef de file mondial reconnu dans plusieurs créneaux –
un moteur de l'innovation dans la prochaine vague de la bioéconomie de sorte que
notre pays et la population canadienne puissent le plus possible bénéficier des
investissements du gouvernement canadien au cours de la dernière décennie et de
l'étape suivante qu'on a surnommée le « siècle de la biologie ».
[Voir le communiqué de Génome Canada
annonçant la nomination de M. Pierre Meulien
au poste de Président et chef de la direction de Génome Canada]