No 04, Hiver 2011
Enjeux émergents en GE3LS

Nouvelles en bref

 

« Bioéconomie mondiale » :
Notre entrevue avec Pierre Meulien, président et chef de la direction de Génome Canada Auparavant agent scientifique en chef de Génome BC, M. Pierre Meulien est devenu président et chef de la direction de Génome Canada en novembre dernier.

M. Meulien a récemment répondu à quelques questions sur son point de vue sur GE3LS et l'importance relative de ce domaine dans la « bioéconomie mondiale » actuelle. Nous lui avons aussi demandé quels nouveaux enjeux en génomique pourraient, à son avis, influencer la société.

Q. : Comme vous le savez, il est assez unique de la part de Génome Canada d'exiger « l'intégration » de la recherche en sciences sociales dans la plupart des projets scientifiques qu'elle finance. Pourquoi, à votre avis, cette intégration est-elle importante? Comment cette volonté d'intégrer la recherche GE3LS positionne-t-elle le Canada sur la scène internationale?

R. : L'acceptation des nouvelles technologies par la société a plutôt été inégale, en particulier lorsqu'on considère, par exemple, la résistance soutenue à la culture de végétaux génétiquement modifiés en Europe. La variété des applications possibles de la génomique est si grande (dans tous les secteurs des sciences de la vie) et l'investissement initial si élevé qu'il nous faut considérer de très nombreux aspects sociétaux très tôt dans la conception, l'élaboration et la mise en œuvre des nouvelles solutions novatrices, si l'on veut que la bioéconomie future puisse prospérer.

Voilà pourquoi nous demandons à nos équipes de projet d'intégrer la recherche en sciences humaines et en sciences sociales à leurs programmes de recherche scientifique, afin que les aspects précis des enjeux économiques, éthiques, environnementaux, légaux et sociaux puissent être approfondis à la fois par les chercheurs et les spécialistes des sciences sociales, et que, de cette manière, tout le projet soit plus utile aux utilisateurs finaux potentiels.

À cet égard, le Canada est considéré comme un chef de file mondial et il a retenu l'attention de nombreux érudits qui s'intéressent au rôle de la science dans la société.

Q. : Vous avez déclaré que le Canada est dans une « bioéconomie mondiale ». Qu'est-ce que cela veut dire pour GE3LS?

R. : Un grand nombre de préoccupations mondiales de l'humanité ont leurs racines dans les sciences de la vie : la production et la sécurité alimentaires, les nouvelles sources d'énergie comme les biocarburants, les préoccupations environnementales et la conservation de la biodiversité de la planète, de même que la montée en flèche et en apparence incontrôlable des coûts des soins de santé dans les pays industrialisés. Si elle est bien intégrée, la recherche GE3LS pourrait s'avérer un facteur de réussite clé de la capacité du Canada de contribuer à la bioéconomie future qui, selon les estimations de l'OCDE, pourrait représenter presque 3 % du PIB mondial d'ici 2030.

Par ces activités, nous pourrons aplanir les obstacles à l'application et à la mise en œuvre réussies dans la société. Comment les Canadiennes et les Canadiens profiteront-ils de ces nouvelles technologies? Leur mise en œuvre sera-t-elle économiquement réalisable et acceptée par les payeurs, les consommateurs et les utilisateurs finaux?

En raison de ses ressources naturelles – de sa masse continentale consacrée à la production alimentaire (bétail et cultures), l'importance de ses océans qui assurent un environnement propre à la fois pour les pêches au poisson sauvage et l'industrie prospère de l'aquaculture, ses grandes forêts et son système de santé financé par l'État –, le rôle du Canada dans la bioéconomie mondiale sera disproportionnellement élevé. L'étude des contextes réglementaires, éthiques et économiques dans lesquels nous mettrons en œuvre les technologies de la génomique nous aidera à diminuer les risques d'échec.

Q. : Quelles ont été vos premières impressions lorsque vous êtes passé d'un centre régional à la scène nationale?

Le principal défi à relever n'est pas une surprise : comment pouvons-nous faire de la génomique au Canada – un chef de file mondial reconnu dans plusieurs créneaux – un moteur de l'innovation dans la prochaine vague de la bioéconomie de sorte que notre pays et la population canadienne puissent le plus possible bénéficier des investissements du gouvernement canadien au cours de la dernière décennie et de l'étape suivante qu'on a surnommée le « siècle de la biologie ».

[Voir le communiqué de Génome Canada annonçant la nomination de M. Pierre Meulien au poste de Président et chef de la direction de Génome Canada]

Thème de la prochaine série GPS :
La « génomique translationnelle » La deuxième série GPS organisée à Ottawa par Génome Canada s'amorcera en avril 2011.

« GPS : Au carrefour de la génomique, de la politique publique et de la société » réunit des petits groupes de chercheurs renommés et des décideurs fédéraux de haut niveau qui s’intéressent à des questions au carrefour de la génomique et de la société, pour discuter de diverses options en matière de politiques publiques et résoudre ces questions.

Axée sur le vaste thème de la « génomique translationnelle », la série GPS 2011 débutera le 18 avril et au cours de trois activités distinctes, abordera les enjeux GE3LS que fait naître la transformation des progrès scientifiques en applications. Les sujets abordés seront les suivants : les droits de propriété intellectuelle et les ressources communes; l’entrepreneurialisme en génomique et la commercialisation des produits; les enjeux liés à la recherche scientifique axée sur la réglementation, par exemple l’examen des végétaux génétiquement modifiés.

La série GPS a été conçue pour favoriser un dialogue entre les chercheurs et les décideurs, aider à fonder les politiques publiques sur des faits avérés et définir les priorités de recherche futures. Les séances ont lieu à Ottawa, trois fois au cours de l’année.

L’an dernier, la série inaugurale a porté sur l’information génétique. Les sujets abordés ont été le consentement, le respect de la vie privée et les biobanques de recherche; l’information génétique et la discrimination; ainsi que les tests génétiques vendus directement aux consommateurs via Internet. Pour en savoir plus sur les séances précédentes et actuelles, y compris les mémoires d’orientation stratégique et les balladodiffusions de tous les discours thèmes, rendez-vous au portail des options stratégiques de la série GPS de Génome Canada.

Pour de plus amples renseignements, communiquez avec Karine Morin, directrice, Programme GE3LS national, Génome Canada.

Actualité :
Concours 2010 : Projets de recherche appliquée à grande échelle Les demandes relatives au Concours 2010 : Projets de recherche appliquée à grande échelle ont été évaluées en janvier dernier à Toronto.

Par le truchement de Génome Canada, le gouvernement du Canada consacre jusqu'à concurrence de 60 millions de dollars au concours et la moitié du financement demandé pour couvrir les dépenses admissibles doit provenir du cofinancement d'autres sources. Trente millions de dollars peuvent être accordés à des projets en foresterie et en environnement, volet désigné « concours ciblé », tandis que les 30 autres millions de dollars serviront à financer des projets dans d'autres secteurs stratégiques de Génome Canada (agriculture, pêche, santé humaine) – volet désigné « concours multisectoriel ».

Génome Canada a évalué au total 39 demandes dont 20 dans le volet du concours ciblé (foresterie et environnement) et 19 dans le volet du concours multisectoriel. De ce nombre, une demande vise un projet GE3LS indépendant à grande échelle. (Les 38 autres demandes scientifiques devaient intégrer un volet de recherche GE3LS.)

Un comité international d'évaluation composé de 55 experts multidisciplinaires a évalué les demandes d'après leur bien-fondé scientifique, les avantages socioéconomiques potentiels pour le Canada et les aspects liés à la gestion et aux finances.

Le comité a regroupé des experts GE3LS des États-Unis, du Royaume-Uni et des Pays-Bas aux antécédents diversifiés dans les domaines des communications, de l'éthique, des sciences économiques (en rapport avec la santé, l'agriculture et la foresterie), les sciences de l'environnement, le droit, la sociologie et la philosophie.

Pour connaître les projets retenus en vue d'un financement et obtenir des renseignements à jour sur le concours, consultez la section Concours et initiatives de financement du site Web de Génome Canada.

Éthique en recherche :
Renouvellement de l'EPTC La deuxième édition de l'Énoncé de politique des trois Conseils : Éthique de la recherche avec des êtres humains – « EPTC 2 » – a paru en décembre 2010.

La deuxième édition de l'Énoncé de politique des trois Conseils : Éthique de la recherche avec des êtres humains – « EPTC 2 » – a paru en décembre 2010. L'EPTC est un texte de référence commun pour tous les travaux de recherche avec des êtres humains entrepris sous les auspices d'établissements admissibles à un appui financier des trois organismes de recherche fédéraux – les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) et le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH). L'EPTC 2 constitue la première révision exhaustive de l'Énoncé de politique des trois Conseils sur l'éthique depuis son adoption en 1998.

Le chercheur GE3LS de longue date, M. Tim Caulfield, a fait partie du Groupe consultatif interagences en éthique de la recherche qui a dirigé le processus de révision. Créé en 2001, le Groupe a pour mandat de veiller à ce que l'EPTC « demeure adapté à l'évolution et de la recherche et de la société en général ».

Selon M. Caulfield, « tant le contexte de la recherche que la réflexion sur les questions entourant l'éthique en recherche continuent d'évoluer. De nouveaux enjeux, de nouvelles technologies et de nouvelles difficultés se font jour. Compte tenu de cette réalité, des révisions constantes semblent essentielles. »

« La rédaction de ce nouvel énoncé s'est avérée un processus à la fois très stimulant et difficile, mais fructueux, ajoute M. Caulfield, professeur à l'Université de l'Alberta et titulaire de la chaire de recherche du Canada en droit et en politique de la santé. Il y a tellement de perspectives diverses et de normes dont il faut tenir compte. Vu toutes ces pressions, je crois juste de dire qu'il y a peu de changements radicaux. La nouvelle version n'en cherche pas moins, par exemple, à clarifier les règles sur le consentement éclairé en recherche en génétique et à faciliter la mise en œuvre d'une approche plus efficiente, mais solide sur le plan éthique, concernant la recherche multicentrique. Ces révisions sont hautement pertinentes pour les chercheurs en génomique. »

Que trouve-t-on dans le nouvel EPTC 2?

  • les principes directeurs regroupés
  • les lignes directrices actualisées :
    • essais cliniques
    • matériel biologique humain
    • génétique humaine
    • terminologie (p. ex., « participant » plutôt que « sujet », « évaluation déléguée » plutôt qu'évaluations « accélérées » ou « départementales »)

Source : Deuxième édition de l'Énoncé de politique des trois Conseils : Éthique de la recherche avec des êtres humains