Dre Brenda Wilson se spécialise dans le domaine particulier de l'application des connaissances, c'est-à-dire l'intégration dans les systèmes de santé des nouvelles connaissances en génétique et en génomique.
Actuellement directrice du programme de résidence en médecine communautaire et professeure agrégée au Département d'épidémiologie et de médecine communautaire de l'Université d'Ottawa, Dre Wilson a une formation de médecin et de spécialiste en santé publique acquise au Royaume-Uni. Après une pratique active comme médecin en santé publique au National Health Service du Royaume-Uni, Dre Wilson a occupé un poste parmi le personnel enseignant du Département de santé publique de l'Université d'Aberdeen, de 1991 à 2001, puis a accepté son poste actuel à Ottawa en 2002.
Elle participe à divers projets dont celui de l'élaboration et de l'évaluation d'interventions en éducation et en application des connaissances en génétique; de la participation du public à l'élaboration de la politique en matière de génomique et de santé; de l'utilisation des mesures des résultats des services de santé en génétique; de l'évaluation de l'utilité des antécédents familiaux comme outil de prévention des maladies chroniques; la communication familiale et la divulgation des risques partagés; et de l'intégration des enjeux éthiques, légaux et sociaux au processus d'évaluation de la technologie.
« Je ne me limite pas à une approche méthodologique particulière, dit Dre Wilson. Je m'intéresse davantage aux questions qu'il convient de poser. Je respecte les autres disciplines et mon travail consiste, je pense, à me faire catalyseur, à rassembler des groupes, et à mener des recherches sur le terrain ».
« Ma recherche est très appliquée, je pense. Finalement, je veux pouvoir dire : "Voici quelque chose d'utile et voici comment l'utiliser". »
Impact a parlé à Mme Wilson à son bureau à Ottawa pour connaître son opinion sur « l'application des connaissances » de la génomique et de GE3LS.
Qu'est-ce que « l'application des connaissances »?
Je n'avais jamais entendu l'expression comme telle avant de venir au Canada, mais cela me faisait penser à une activité qu'un grand nombre d'entre nous faisons sans la nommer. J'ai aussi entendu parler de « transfert des connaissances ». À mon avis, cette expression englobe toutes les idées de distribution, de synthèse des connaissances, et de la transition de la recherche à la pratique.
L'application des connaissances est un sujet très vaste et je ne me considère pas du tout comme une experte dans de nombreux aspects de ce domaine. Je me concentre sur l'application des connaissances de la génétique et de la génomique à des éléments que nous pouvons utiliser dans les services de santé - c'est là un domaine particulier.
Comment l'application des connaissances a-t-elle évolué ou progressé?
J'ai vu un changement général au cours des 10 dernières années : on reconnaît maintenant l'importance de trouver des moyens actifs d'appliquer les connaissances, de les mettre en pratique. Cet aspect aide à créer un équilibre avec la science fondamentale de la découverte.
On ne reconnaît toutefois pas encore que l'application des connaissances fait partie du processus de recherche. Même s'il faut des méthodologies tout aussi rigoureuses pour la recherche sur les services de santé et la recherche sur la santé publique que pour la recherche en laboratoire, ces deux types de recherche ne parlent pas autant au public que la recherche en laboratoire.
Pourquoi l'application de la connaissance est-elle importante?
Le concept « du laboratoire au patient » implique qu'une découverte passe par un pipeline, qu'il existe un processus magique qui transforme les résultats de laboratoire en éléments tangibles. Cependant, après la découverte, il y a toujours un genre d'ellipse.
Les chercheurs en application des connaissances sont « post-elliptiques ». Nous nous posons la question suivante : » Que devons-nous faire pour rendre ces résultats tangibles? De quelles ressources disposons-nous? De quel contexte, par exemple des priorités contradictoires, devons-nous tenir compte? Quelles sont les valeurs de la communauté dans laquelle nous nous trouvons? »
Nous devons tenter de prouver qu'une découverte peut effectivement devenir un outil ou une intervention en soins de santé. Nous devons aller au-delà des hypothèses et soumettre à la critique empirique pour nous dire : « Est-ce que cela fonctionne? Est-ce mieux que ce dont nous disposons déjà? Si nous avons tenté de l'utiliser, quels problèmes devons-nous résoudre? »
Pouvez-vous nous décrire vos travaux récents?
En collaboration avec des collègues, j'ai examiné la tendance croissante des médecins de famille en soins primaires et d'autres professionnels des soins de santé à devoir agir comme conseillers et utilisateurs lorsqu'il est question d'information génétique, de même que les problèmes qu'ils peuvent éprouver dans ce contexte.
Nous ne pouvons faire de tous les professionnels des soins de santé primaires des généticiens, alors comment pouvons-nous définir les compétences de base dont ils ont besoin? Comment pouvons-nous faire pour qu'ils soient à même de composer avec une base de connaissances qui ne cesse de changer? C'est beaucoup plus complexe qu'une simple formation et ce n'est pas non plus une simple situation de « déficit de connaissances ».
Nous avons mené divers projets pour déterminer ce qu'étaient les besoins et les préoccupations des médecins, le type d'interventions utiles, et nous avons commencé à élaborer et évaluer des interventions réelles en pratique.
Pourquoi les chercheurs en GE3LS doivent-ils s'engager dans l'application des connaissances?
Finalement, si notre travail consiste à transformer les découvertes de la génétique et de la génomique en avantages pour les gens, nous devons comprendre les répercussions étendues de notre travail, c'est-à-dire les avantages possibles et les torts possibles.
Nous devons adopter de vastes perspectives multidisciplinaires pour faire passer les connaissances entre différents domaines et intégrer les découvertes de la génétique et de la génomique à la pratique de la santé - une seule discipline ne peut pas évaluer les impacts d'une technologie. Qu'ils soient économistes, philosophes, spécialistes des sciences sociales, tous ces scientifiques ont des points de vue divers et des techniques d'information et d'évaluation dans lesquelles ils sont experts.
Pour ce faire, les gens doivent communiquer les uns avec les autres et dépasser les frontières. Il faut du dialogue entre les disciplines pour comprendre comment aborder une technologie d'une manière plus globale.
Dès qu'un chercheur en laboratoire dit : « Nous avons découvert le gène pour X et nous pensons que cette découverte pourrait se transformer en un test utile… », c'est le moment ou l'éthicien, le philosophe, le spécialiste en sciences sociales, le psychologue, l'épidémiologiste et le professionnel des soins de santé devraient tous en aval commencer à réfléchir et à se dire : « Si cette découverte devait devenir un test, à quoi devons-nous penser? » Cette réflexion rapide d'un vaste éventail de points de vue permet de comprendre le type de connaissances qu'il faut produire.
Quels conseils donneriez-vous aux chercheurs en GE3LS qui étudient l'application des connaissances?
Chaque fois qu'un chercheur, quelle que soit sa discipline, commence à obtenir des résultats, la question qu'il doit se poser est la suivante : « Qui pourrait les utiliser et comment puis-je les lui transmettre? » Ne pensez pas seulement aux conférences. Ne pensez pas seulement aux publications traditionnelles évaluées par des pairs. Ne pensez pas seulement aux chercheurs et aux professionnels. Pensez aux décideurs. Pensez aux différents « publics ». Pensez aux types différents de personnes touchées par leurs répercussions. La tâche n'a pas nécessairement à être prodigieuse. Il suffit de se poser une question toute simple : « Qui a besoin de ces résultats? »