Les enzymes fongiques au service des procédés industriels et de l’assainissement de l’environnement

Les champignons ne sont pas exactement les fleurons de la nature. C’est bien dommage, car les enzymes qu’ils produisent pourraient résoudre certains des problèmes les plus urgepnts auxquels nous nous heurtons en environnement et dans le psecteur énergétique.

Les enzymes fongiques jouent déjà un rôle de premier plan dans toutes sortes de domaines : du brassage de la bière à la cuisson du pain en passant par la fabrication du vin et la conversion de la matière végétale en biocarburant. Les chercheurs apprennent actuellement à mieux comprendre le fonctionnement précis de ces enzymes.

M. Adrian Tsang, de l’Université Concordia à Montréal, dirige un groupe de chercheurs qui utilisent les nouveaux outils de la génomique pour repérer des enzymes qui serviront dans des applications industrielles et environnementales.

L’un des secteurs qui offrent un potentiel immense est celui des pâtes et papiers. Le Canada produit annuellement quelque 30 millions de tonnes de pâtes et papiers. Ce secteur emploie plus de 65 000 personnes et représente environ 17 milliards de dollars dans l’économie canadienne. Il figure également au troisième rang des secteurs les plus polluants du pays.

L’équipe de M. Tsang isole des enzymes susceptibles de remplacer les produits chimiques corrosifs actuellement utilisés pour la réduction en pâte et le blanchiment. Les enzymes fongiques digèrent la matière ligneuse brune du bois, laissant la cellulose blanche qui sert à fabriquer le papier.

« Non seulement l’environnement sera-t-il plus propre, dit M. Tsang, mais l’industrie forestière canadienne deviendra aussi plus concurrentielle à l’échelle mondiale, car les consommateurs exigent des produits écologiques. De plus, les enzymes fongiques sont déjà largement utilisés dans l’industrie. Ils sont polyvalents, utilisables dans des milieux hostiles, déjà disponibles et peu coûteux à produire. »

Les enzymes sont les « outils de décomposition » les plus efficaces de la nature. Cette caractéristique pourrait être mise à profit pour assainir le sol en décomposant les substances toxiques en vue que les terres puissent servir à des fins productives.

Les enzymes pourraient aussi contribuer à répondre aux besoins en énergie du Canada. Ils pourraient être vaporisés sur les sables bitumineux pour provoquer l’évacuation du pétrole, ce qui en faciliterait l’extraction et rendrait l’opération beaucoup plus économique.

Les chercheurs s’emploient également à concevoir des technologies à base d’enzymes qui transformeront l’huile et les graisses de rebut en biodiesel, et la biomasse des arbres et des plantes en éthanol. Les travaux dans ce domaine ont déjà donné lieu à deux brevets provisoires et d’autres sont prévus.

Les recherches de M. Tsang et de son équipe, parrainées en partie par Génome Canada, ont retenu l’attention sur la scène internationale, dont celle de DSM, la multinationale hollandaise. Chef de file mondial de la fabrication d’enzymes dans le secteur alimentaire, DSM voit un énorme potentiel dans l’application de nouveaux enzymes à la production de pain, de fromage et d’autres aliments.

M. Wim de Boer, gestionnaire des biens intellectuels de DSM, dit d’ailleurs que « mettre au point un enzyme qui gardera le pain frais une seule journée additionnelle offre des avantages très considérables sur les plans commercial et concurrentiel ».

Compte tenu de la valeur des marchés mondiaux pour les enzymes industriels, qui pourrait atteindre 3,8 milliards de dollars américains d’ici 2010, de la création en cours d’une société dérivée et de l’intérêt de partenaires multinationaux capables de commercialiser de nouveaux enzymes, le projet de recherche réalisé au Canada pourrait apporter aux champignons — et aux enzymes qu’ils produisent — tout le respect qu’ils méritent.

Fungal Enzymes for Industrial Processes and Environmental Remediation

Dr. Adrian Tsang de l'Université Concordia