Élucider le mystère de l’autisme
Brian se balance lentement, battant en rythme des bras, comme s’il tentait de s’envoler.
Il préfère la solitude ou la compagnie de quelques objets familiers aux gens. Il
ne parle jamais. Brian a quatre ans et il est autiste.
L’autisme, mot dérivé du grec « autos » qui veut dire soi-même, est un trouble du
cerveau incurable qui empêche une personne de communiquer et d’entrer en relation
avec les autres. Les symptômes peuvent comprendre des comportements répétitifs comme
se frapper la tête, l’évitement des contacts physiques ou visuels et la communication
au moyen de gestes plutôt que par les mots. Environ 40 p. 100 des enfants autistes
ne parlent pas.
On croit que l’autisme a un fondement génétique important, mais la cause réelle
demeure inconnue. Quelque 200 000 Canadiens sont atteints d’autisme, et ce trouble
se manifeste dans tous les groupes raciaux, ethniques et sociaux.
L’incidence de l’autisme est à la hausse. En fait, le nombre d’enfants diagnostiqués
autistes a augmenté de 400 p. 100 au cours de la dernière décennie seulement. On
ne sait pas si cette hausse peut s’expliquer par de meilleurs outils de diagnostic
ou certains facteurs environnementaux.
De nos jours, 1 enfant sur 500 environ est diagnostiqué autiste en Amérique du Nord.
Ce trouble est plus courant que le cancer, le diabète et le VIH-sida combinés chez
les enfants.
Malheureusement, lorsqu’un diagnostic d’autisme est posé – habituellement
vers l’âge de trois ans –, il est déjà trop tard pour intervenir efficacement.
Selon le Dr Steve Scherer de l’Hôpital pour enfants malades et de l’Université de
Toronto, c’est là un exemple classique de situation sans issue : il faudrait traiter
avant l’âge de trois ans pour un maximum d’efficacité, mais il est très difficile
de diagnostiquer l’autisme avant cet âge...
Le Dr Scherer dirige une équipe d’éminents généticiens, pédiatres du développement
et chercheurs en génomique du Canada, lesquels participent à un projet d’étude sur
l’autisme qui regroupe dix pays. À l’aide d’un financement de Génome Canada, l’équipe
du Dr Scherer cherche à isoler les gènes qui peuvent prédisposer à l’autisme. Quand
cela sera fait, les médecins pourront porter un diagnostic beaucoup plus rapidement
et traiter la maladie plus efficacement.
Ces travaux novateurs approfondiront nos connaissances sur la nature biologique
de l’autisme et pourraient mener à la mise au point de médicaments pour traiter
ce trouble. « Les répercussions de ces travaux de recherche sont considérables,
surtout pour les enfants autistes et leur famille, mais aussi pour le système de
santé canadien qui dépense annuellement des milliards de dollars pour traiter l’autisme »,
dit le Dr Scherer.
Les traitements actuels consistent en des thérapies comportementales intensives
qui nécessitent souvent l’intervention presque ininterrompue de thérapeutes spécialement
formés à cette fin. Cette méthode est coûteuse et exigeante en main-d’œuvre. Selon
le Dr Scherer, si le traitement est entrepris assez tôt, bon nombre d’enfants n’auront
peut-être pas besoin de services spéciaux à l’âge scolaire, ce qui accroîtra leur
indépendance et réduira les coûts.
Par ailleurs, la compréhension du fondement génétique permettra de prédire si l’autisme
est susceptible de se répéter dans une famille. Cela réduira considérablement l’anxiété
que vivent les futurs parents. Il sera aussi plus facile de porter un diagnostic
précoce.
Ces travaux de recherche ont déjà suscité l’intérêt de certaines des plus grandes
sociétés pharmaceutiques du monde, dont Schering et GlaxoSmithKline, qui voient
les découvertes de la génomique et le profilage comme une première étape possible
de la mise au point de pharmacothérapies efficaces. Ils offrent aussi des possibilités
de contrats de licence; deux brevets ont d’ailleurs déjà été déposés.
Pour Brian, et les millions d’enfants comme lui, élucider le mystère médical que
constitue l’autisme signifie cependant encore plus : la chance de mener une vie
meilleure.