La Génomique des maladies infectieuses

C’est une vraie jungle : bactéries, virus, champignons et parasites pullulent sur toutes les surfaces, dans l’air, les lacs et les piscines. Ces organismes microscopiques cherchent un endroit où ils peuvent survivre et se reproduire, et nos corps sont pour eux des cibles très tentantes.

Heureusement, la plupart s’arrêtent à nos barrières. Notre peau forme une solide couche protectrice qui les repousse. Ils succombent aux défenses naturelles que contiennent la salive, la sueur et les larmes. Ils sont dissous par les acides stomacaux. Ils sont piégés dans les muqueuses visqueuses du nez et de la gorge, puis expulsés par une toux ou un éternuement.

Cependant, ces microbes sont d’une grande ténacité et certains réussissent parfois à franchir nos défenses extérieures. De ce nombre, 95 p. 100 s’infiltrent par les membranes muqueuses qui tapissent nos systèmes respiratoire, digestif et reproducteur.

C’est là, à ce premier point d’attaque, que notre système immunitaire installe son premier moyen de défense. Les réactions initiales font intervenir diverses protéines produites par le système immunitaire pour contrer le danger perçu. Si le microbe intrus est un ennemi connu, le corps l’attaque et le détruit rapidement à l’aide de ses anticorps et cellules spécialisés. Si l’intrus est inconnu, la lutte dure plus longtemps.

Comment cette réaction biochimique se produit-elle exactement? Comment les organismes infectieux causent-ils la maladie, et comment les mammifères réagissent-ils à l’infection? Comment le corps se prépare-t-il à la bataille? Autrement dit, quels sont les mécanismes réels de la résistance?

Voilà quelques-unes des questions que se pose une équipe de chercheurs qui participe à un important projet parrainé par Génome Canada. Les codirecteurs de cette étude sont M. Lorne Babiuk, directeur de la Vaccine and Infectious Disease Organization à Saskatoon, et M. Bob Hancock de l’Université de la Colombie-Britannique. Les chercheurs utilisent des techniques de la génomique pour mieux comprendre comment les surfaces muqueuses des hôtes bovins, aviens et humains réagissent aux agents infectieux. Grâce à ces connaissances, l’équipe espère accélérer la mise au point de nouveaux moyens de soigner les maladies et concevoir des stratégies de prévention, tant pour les humains que les animaux.

C’est là une lutte de taille contre un ennemi redoutable. Les maladies infectieuses causent un tiers de tous les décès sur la planète. Au Canada, ces maladies viennent au cinquième rang des causes de décès prématurés, et constituent un important facteur de la perte de rendement économique.

Au cours des dernières années, on a vu apparaître le SRAS, la grippe aviaire, le virus du Nil occidental et l’encéphalopathie spongiforme bovine (maladie de la vache folle). Ces maladies nous ont rappelé notre vulnérabilité aux agents infectieux. Selon M. Babiuk, les chercheurs s’entendent pour dire qu’il ne s’agit plus maintenant de déterminer si notre société fera face à une pandémie, mais plutôt quand cette dernière se produira.

L’étude pourrait avoir des répercussions considérables sur la santé humaine, la productivité et le bien-être animal, la sécurité alimentaire et la viabilité économique de l’industrie du bétail au Canada et ailleurs dans le monde.

Comme le fait d’ailleurs remarquer M. Babiuk : « Si nous comprenons comment fonctionne le système immunitaire en première ligne, nous aurons une bien meilleure idée de la façon d’améliorer la résistance et de rester en santé. » Comme le sait quiconque vit dans la jungle, la première loi de la survie dicte de mettre le plus de chances possible de son côté.

The Genomics of Infectious Disease

M. Lorne Babiuk, directeur de la Vaccine and Infectious Disease Organization à Saskatoon.