La génomique de la morue de l’Atlantique et le développement de stocks de géniteurs
Les humains font l’élevage du poisson depuis presque aussi longtemps qu’ils cultivent
la terre et qu’ils élèvent des animaux. Les toutes premières mentions d’élevage
de poisson, c’est-à-dire d’aquaculture, viennent de la Chine, il y a 3 500 à 4 000
ans. Quand l’Empire romain s’est étendu, les techniques chinoises ont été importées
en Europe, où les moines du Moyen Âge les ont utilisées pour fournir du poisson
aux catholiques romains pratiquants.
L’aquaculture est aujourd’hui le secteur de la production alimentaire qui connaît
la croissance la plus rapide au monde, et la demande de ses produits devrait continuer
de croître parce que la population mondiale grandit et qu’on s’intéresse de plus
en plus aux aliments bons pour le cœur.
Selon l’Alliance de l’industrie canadienne de l’aquaculture, la population mondiale
devrait passer d’environ 6 milliards de personnes en 2000 à 8,3 milliards en 2030.
On estime que la demande de poissons et de fruits de mer atteindra 183 millions
de tonnes, mais les pêches traditionnelles ne pourront fournir, de manière durable,
qu’entre 80 à 100 millions de tonnes.
Les techniques aquacoles changent pour combler l’écart. En fait, d’ici 2030, l’aquaculture
devrait être la source dominante de poissons et de fruits de mer. Mme Nell Halse
de Cooke Aquaculture dit d’ailleurs que « tout comme nous comptons sur les animaux
élevés à la ferme, nous allons de plus en plus nous tourner vers l’aquaculture pour
répondre à la demande de fruits de mer ».
Les aquaculteurs ont cependant un défi à relever, car le poisson d’élevage coûte
cher à nourrir et à garder, et certaines espèces réagissent mal aux conditions d’élevage.
Il est par conséquent indispensable au succès commercial de sélectionner des poissons
à haut rendement.
C’est dans ce contexte que s’inscrit le projet sur la génomique de la morue de l’Atlantique
et le développement de stocks de géniteurs. La cartographie du génome de la morue
de l’Atlantique permettra de déterminer les gènes responsables de caractéristiques
comme le rythme de croissance et la résistance au stress ou à la maladie.
Mme Halse explique qu’« il faut souvent plusieurs générations d’améliorations génétiques
pour produire les meilleurs stocks. En collaborant avec nos partenaires dans le
cadre de ce projet de génomique, nous pourrons cerner les "marqueurs" dans l’ADN
du poisson qui définissent exactement des traits spécifiques. Nous pourrons ainsi
accroître l’exactitude de notre programme de sélection, ce qui le rendra beaucoup
plus efficace ».
Mme Jane Symonds, directrice de l’Aquaculture au Centre des sciences de la mer Huntsman
au Nouveau-Brunswick, et Mme Sharen Bowman, spécialiste de la génomique à l’Atlantic
Genome Centre à Halifax, dirigent le projet.
Le projet produira des données scientifiques qui profiteront à toute l’industrie
de l’aquaculture de la région de l’Atlantique et il fournira des stocks de géniteurs
de qualité supérieure. Les résultats seront de grande envergure : l’aquaculture
sera mieux à même de concurrencer à l’échelle internationale; les perspectives d’emploi
seront meilleures dans les régions côtières et les collectivités autochtones; et
le Canada pourra exporter son équipement, ses connaissances et ses services.
Des chercheurs travailleront en étroite collaboration avec des scientifiques du
projet et des partenaires de l’industrie pour évaluer les aspects des applications
de la recherche en génomique liés à l’éthique, à l’environnement, à l’économie,
au droit et à la société (GE3LS). Ils examineront entre autres comment
les partenaires de la recherche et de la commercialisation devraient partager les
avantages, et ce qu’il en est de la situation des stocks de géniteurs élites de
la morue de l’Atlantique en vertu du droit environnemental canadien.
Compte tenu de l’augmentation constante de la demande mondiale de protéines, des
pressions exercées sur de nombreuses populations de poisson sauvage et de la mondialisation
du marché des fruits de mer, il est temps maintenant d’amalgamer la génomique et
l’aquaculture et de poursuivre la quête commencée en Chine, il y a des millénaires.