Le 5 septembre 2001 – Toronto

Life sciences conference BioFuture 2001


Le discours lu fait foi

Pour commencer j'aimerais, si vous me le permettez, dire à quel point je me sens privilégié d'être associé à un événement aussi prestigieux que Biofuture 2001.Cette conférence est rapidement en train de devenir un des principaux événements de l'année dans le domaine des sciences de la vie et je tiens à féliciter les organisateurs pour leur travail.

J'aime tout particulièrement la série de « guides d'introduction » qui sont offerts.Ils constituent une merveilleuse façon de s'initier aux idées et aux concepts clés et j'invite tous les participants à en profiter pleinement.

Permettez-moi également de dire à quel point je suis heureux de partager la scène avec Scott Patterson de Celera.Comme beaucoup d'entre vous, j'ai regardé avec beaucoup d'émotion Craig Venter de Celera, et d'autres membres du Projet du génome humain, annoncer au monde entier, en présence du président Clinton, que la première ébauche de la carte du génome humain était terminée.

Cette extraordinaire réalisation témoignait avec éloquence d'une vérité toute simple, à savoir que même si les obstacles au progrès sont parfois redoutables, le goût d'explorer est insatiable chez l'être humain, une leçon d'ailleurs confirmée par les travaux passionnants dont il sera question à cette conférence.

Aujourd'hui, j'aimerais parler très brièvement des possibilités que présente la biotechnologie, la situer dans le contexte du plan d'action du Canada en matière d'innovation et vous indiquer de quelle façon Génome Canada contribue à faire du Canada un intervenant important dans ce nouveau et passionnant champ d'activité.

Il ne fait guère de doute que nous sommes entrés dans l'ère de la biotechnologie.Comme l'annonce le titre de cette conférence, nous vivons dans un « monde à double hélice ». Et, bien que le séquençage du génome humain ait clos un chapitre qui avait été ouvert par Crick et Watson en 1953, il ne s'agit que de la préface d'un récit dont les meilleures parties restent à venir.

Je crois fermement que dans aucun autre domaine de l'activité humaine le travail n'est plus important, les possibilités plus enivrantes et le potentiel pour l'humanité plus avantageux que dans la biotechnologie.

Comme Scott en parlera dans quelques minutes, du strict point de vue des affaires, les raisons d'investir dans la biotechnologie sont vraiment convaincantes.

Ici au Canada, le secteur de la biotechnologie enregistre des revenus annuels de près de 2 milliards de dollars, ce qui représente une hausse de 72 p. 100 en deux ans seulement. Les projections pour les deux prochaines années sont encore plus impressionnantes, car on s'attend à ce que les revenus augmentent de plus de 100 p. 100.Globalement, le secteur de la biotechnologie croît à un rythme quatre fois plus élevé que la moyenne des économies des pays du G-7.(Remarquez, avec la diminution rapide du taux de croissance prévu du PIB de ces pays, cet objectif paraît moins impressionnant qu'il y a un tout juste un an.)

Au Canada, plus de 400 entreprises de biotechnologie ont vu le jour au cours des cinq dernières années seulement.Et le capital de risque investi est passé de moins de 200 millions de dollars en 1995 à près de 1,2 milliard de dollars l'an dernier.

Toute cette activité porte déjà des fruits. Ainsi, plus de 370 produits étaient en voie de développement dans les entreprises biopharmaceutiques du Canada au 1er janvier dernier.

De toute évidence, la biotechnologie représente une force en expansion dans l'économie canadienne.Et il est clair également que la biotechnologie peut changer notre vie d'une manière radicale.

Au cours des prochains jours, nous allons avoir une idée de ce potentiel.Qu'il s'agisse de nouvelles pharmacothérapies, de meilleurs diagnostics, de traitements plus ciblés, d'aliments plus sains, de meilleures récoltes ou d'un environnement plus pur, il ne fait guère de doute que la biotechnologie modifiera - et améliorera ? fondamentalement notre qualité de vie.

La biotechnologie incarne aussi l'essence même de la nouvelle économie, où priment l'innovation et l'imagination.Ces qualités ne sont ni abstraites ni théoriques; elles se mesurent à la recherche qui s'effectue et aux brevets qui sont enregistrés.

Aujourd'hui, chose incroyable, 84 pour cent de la recherche et du développement en biotechnologie effectués au Canada se fait dans le secteur de la santé.Pensez-y, 84 pour cent de la R et D dans un seul secteur!


D'autre part, le secteur de la biotechnologie arrive en tête de liste quant au nombre de brevets obtenus, ce qui n'a pas de quoi étonner.En fait, le nombre de brevets octroyé dans ce secteur augmente de plus de 12 pour cent par année, comparativement à environ trois pour cent seulement pour l'ensemble de l'économie.

Or, on s'attend à ce que ces activités croissent à un rythme exponentiel au cours des années qui viennent.Ainsi, on prévoit que les activités de R et D connaîtront un taux de croissance qui atteindra 79 pour cent au cours des deux prochaines années.

Et ces chiffres ne concernent que le Canada.Lorsque l'on tient compte également de la croissance explosive que l'on enregistre aux États-Unis et ailleurs, on commence à saisir les possibilités qui s'offrent à nous.

Ne vous y méprenez pas, la biotechnologie est le prochain Internet.Et tout comme Internet est entré dans notre vie et lui a donné une ampleur nouvelle, transformant notre façon de travailler, de magasiner et de communiquer, la biotechnologie transformera notre façon de voir la santé et de l'améliorer, notre façon de voir la maladie et de la prévenir et notre façon de voir la vie et de l'améliorer.

En fait, de multiples façons et sur de nombreux plans, la biotechnologie se trouve à un point idéal, au confluent de la science et l'économie.Comme nous l'avons vu, la biotechnologie crée la richesse et génère des emplois.Mais elle se situe également à la fine pointe de la science.

Et parce qu'elle offre la possibilité de contribuer à la fois à la santé de notre population et à la richesse de notre pays, les gouvernements commencent à y accorder de l'attention - beaucoup d'attention.

Ici au Canada, par exemple, le gouvernement fédéral a créé un secrétariat à la biotechnologie, qui coordonne les activités des ministères de l'Agriculture, de l'Environnement, de la Santé, des Ressources naturelles, des Pêches, de l'Industrie et du Commerce international afin de tirer avantage de ce secteur d'activité.

Ce secrétariat s'inscrit dans le plan d'action du gouvernement en matière d'innovation, qui cherche à promouvoir une culture axée sur l'invention et l'ingéniosité.Ce plan d'action est fondé principalement sur l'excellence; il encourage ceux qui la recherchent et récompense ceux qui l'atteignent.Le plan vise aussi à engendrer la richesse et à susciter des possibilités dans la nouvelle économie.

Comme vous le savez, il existe un lien très net entre l'innovation et la productivité.Et la productivité engendre un plus haut niveau de vie. En fait, les statistiques révèlent qu'il existe une corrélation directe entre le degré d'innovation dans un pays et sa richesse.

Et c'est ce que les gouvernements trouvent si attrayant.Tel est l'élément qui motive le plan d'action fédéral en matière d'innovation.Et c'est ce qui conduit à des investissements stratégiques dans la recherche et l'innovation.

Au cours des dernières années, par exemple, le gouvernement a établi la Fondation canadienne pour l'innovation, qui a engendré des investissements de plus de 3 milliards de dollars dans l'infrastructure de recherche.Il a financé les Chaires de recherche du Canada 2000 et créé les Instituts de recherche en santé du Canada, dotés d'un budget de 600 millions de dollars.

Il a investi dans les Réseaux de centres d'excellence, qui financent 8 réseaux dans les sciences de la vie à hauteur de 280 millions de dollars.Et il a augmenté le budget du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie.

De plus, le gouvernement s'est fixé pour objectif de hisser le Canada parmi les cinq premiers pays au monde pour les investissements en R et D d'ici 2010 et il s'est engagé à doubler les sommes consacrées à la R et D au cours de la même période.

Toutes ces initiatives transforment la culture d'innovation et de recherche dans notre pays.Elles incitent une nouvelle génération d'entrepreneurs dynamiques à combiner leurs talents à ceux des meilleurs scientifiques afin de créer le Canada du 21e siècle.Et elles augurent bien pour l'avenir de la biotechnologie dans notre pays, dont l'importance ne devrait pas se démentir.

C'est dans ce contexte que Génome Canada a vu le jour.

Annoncé dans le budget de février 2000, Génome Canada a reçu un budget de 300 millions de dollars pour établir cinq centres de recherche en génomique, uncentre chacun dans les provinces de l'Atlantique, au Québec, en Ontario, dans les Prairies et en Colombie-Britannique.

Ces centres rassemblent l'industrie, les gouvernements, les universités, les hôpitaux et les instituts de recherche afin de mener de la recherche de pointe en génomique.Leurs travaux sont axés sur un grand nombre d'activités, dont la génomique fonctionnelle, le séquençage des gènes, le génotypage, la protéomique et la bio-informatique.

De plus, chaque centre effectuera de la recherche sur les aspects éthiques, environnementaux, juridiques et sociaux de la génomique.

Permettez-moi d'affirmer qu'à mon avis, ce travail ? sur les aspects éthiques de la génomique ? revêt une importance cruciale.La population a des inquiétudes très réelles sur les voies que la génomique pourrait emprunter et j'estime qu'il nous faut reconnaître ces préoccupations d'une manière honnête, y répondre franchement et les expliquer clairement, de façon que les Canadiens puissent participer pleinement à l'importante discussion entourant cette question.

Comme je l'ai mentionné, les cinq centres régionaux sont chapeautés par Génome Canada, ce qui nous permet d'améliorer l'efficacité, d'éviter les chevauchements et de nous concentrer sur nos points forts.

À bien des égards, nous sommes en terrain fertile.Il existe déjà une soixantaine d'entreprises de génomique au Canada et les recherches menées dans les universités et les autres institutions comptent parmi les plus passionnantes et les plus innovatrices au monde.Par exemple, ici même à Toronto, Visible Genetics, une des entreprises pionnières en pharmacogénomique, a mis au point une trousse de génotypage du SIDA qui aide les cliniciens à déterminer quel médicament convient le mieux à chaque patient.Cette trousse est déjà utilisée au Canada, en France et en Argentine et son examen par la FDA est entré dans sa dernière phase.

Parmi les autres entreprises qui font figure de chefs de file en génomique, il convient de mentionner MDS Proteomics et Intergrative Proteomics ici à Toronto, SignalGene et Caprion à Montréal, et Xenon à Vancouver.Pour ce qui concerne l'équipement, mentionnons Sciex, entreprise torontoise qui fournit les instruments de spectographie de masse nécessaires à la recherche en protéomique, et CRS Robotics, dont le logiciel d'automatisation est utilisé dans la plupart des principaux centres de séquençage du monde.

Ce ne sont là que quelques exemples. Et Génome Canada s'emploie à regrouper et à concerter tous ces intervenants.

Génome Canada est une sorte d'organisme hybride. Ce n'est pas véritablement un conseil subventionnaire ni une entreprise de capital de risque.Nous investissons dans de grands projets de recherche en génomique, et non pas dans des entreprises, et nous ne prenons par de participation au capital.

Cette décision résulte d'un choix délibéré. Étant donné que notre action est motivée par la science et non pas par la recherche du profit, nous pouvons appuyer les projets qui semblent les plus prometteurs, sans nous préoccuper du rendement immédiat de notre investissement. TOUTEFOIS, nous nous attendons quand même à ce qu'il y ait un certain retour sur cet investissement réalisé grâce à des fonds publics et, par conséquent, nous nous attendons à ce que les centres de génomique, les scientifiques et leurs institutions protègent et commercialisent toute propriété intellectuelle découlant de leurs recherches.

Le financement est assuré selon la formule du 50-50.Autrement dit, nous finançons la moitié des coût admissibles et les centres de génomique cherchent d'autres bailleurs de fonds pour financer l'autre moitié.

Bien que Génome Canada n'existe que depuis deux ans à peine, il contribue déjà à changer les choses.L'an dernier, nous avons tenu notre premier concours et, au terme d'un examen rigoureux, 17 projets de recherche à grande échelle et cinq projets de plates-formes technologiques ont été annoncés.On s'attend à ce que ces projets fassent intervenir 2 000 chercheurs et techniciens et procurent des possibilités de formation à plus de 700 étudiants et stagiaires postdoctoraux.Au-delà de 117 universités, hôpitaux, fondations sans but lucratif et entreprises participeront également aux projets.

La qualité de ces projets est absolument de première classe.

En Colombie-Britannique, par exemple, le Dr Victor Ling et ses associés effectuent des études sur les premiers stades du cancer, tentant de déterminer la façon dont des cellules deviennent malignes, par l'altération de gènes et de protéines.En identifiant les mutations à ces stades précoces, nous en apprendrons non seulement davantage sur la façon dont le cancer attaque les cellules, mais nous pourrons aussi amorcer le traitement plus tôt et en accroître ainsi l'efficacité et les probabilités de réussite.

À l'Université Laval, le Dr Fernand Labrie et son équipe mènent un projet fascinant sur les effets des stéroïdes sur des échantillons de tissus.Si nous comprenons comment les stéroïdes réagissent avec les divers types de cellules, du tissu épidermique au tissu cardiaque, nous pourrons déterminer l'effet que divers produits, qu'ils soient cosmétiques ou pharmaceutiques, auront sur eux.Le travail consiste en partie à créer un atlas des interactions entre les stéroïdes et les tissus qui, nous l'espérons, constituera le manuel de base des travaux médicaux dans ce domaine.

Ce projet aura probablement d'importantes répercussions sur la recherche sur le cancer, spécialement les cancers qui sont hormonodépendants.Ces types de cancers se nourrissent des stéroïdes que produit notre corps.Si nous arrivons à mettre au point des antistéroïdes pour empêcher ces stéroïdes d'atteindre les cellules cancéreuses, nous pourrons affamer le cancer et peut-être aussi en contrer les effets.

Nous venons de publier les lignes directrices pour la seconde série de demandes de financement – Concours II – et si nous nous fions aux demandes reçues lors du premier Concours, il y aura des propositions tout à fait passionnantes, notamment en provenance de l'industrie.Le secteur privé peut en effet soumettre des demandes par l'intermédiaire de l'un ou l'autre des cinq centres de génomique et si ces demandes sont acceptées, elles sont transmises à Génome Canada et soumises au concours avec les autres candidatures.

Génome Canada souhaite également étendre son action au-delà de nos frontières et se joindre à des consortiums internationaux ainsi qu'en constituer de nouveaux.Nous voulons collaborer avec les autres, où qu'ils se trouvent, afin de mener des recherches de calibre mondial.Et nous voulons mettre le Canada davantage en évidence comme chef de file en génomique.

Il y a quelques mois, nous avons signé une entente avec l'Institut Karolinska, de Suède, en vue de la réalisation de projets conjoints en génomique, et nous espérons conclure de nombreuses autres ententes internationales de ce type.

Nous voulons également créer un climat de recherche sans pareil, pour que nos jeunes chercheurs soient en mesure d'exceller, ici même dans leur pays.Et pour attirer au Canada des chercheurs du monde entier.

Certains affirment que nous devrions nous contenter de laisser les États-Unis ou un autre pays effectuer la recherche et simplement en adopter les résultats.

Je ne suis pas d'accord.Nous devons nous impliquer dans la recherche en génomique, parce que les possibilités sont là, que les emplois sont là et que, de façon très concrète, l'avenir est là.

Pour quelle raison faire la recherche ici au Canada?Pour quelle raison ne la ferions-nous pas ici?Pour quelle raison laisser d'autres pays en tirer tous les avantages?Pour quelle raison ne pas faire du Canada l'endroit idéal pour la recherche?Pour quelle raison ne pas réclamer la place qui nous revient à l'aube de cette passionnante révolution qui s'amorce?

En fait, notre devrions faire en sorte que dans cinq ans nous ne soyons devancés, en ce qui concerne la recherche en génomqiue, que par les États-Unis.Nous devrions accaparer au moins 10 pour cent du marché mondial des produits de la biotechnologie.Et les investissements en capital de risque, qui se situent actuellement à environ 1 milliard de dollars par année, devraient être multipliés par cinq d'ici à 2005.

Nous devrions avoir au moins une entreprise de biotechnologie se situant parmi les trois premières au monde.

Pour parler simplement, nous voulons que dans cinq ans, lorsque les gens penseront à la génomique, une grosse feuille d'érable rouge leur vienne à l'esprit. Nous voulons que la biotechnologie symbolise le Canada au même titre que la Police montée, les montagnes et le sirop d'érable.

Telle est notre vision.Tel est l'avenir que nous envisageons pour Génome Canada.Et tel est l'avenir que nous envisageons pour la biotechnologie dans notre pays.

En terminant, j'aimerais, si vous le permettez, rappeler que nous sommes sur le point de faire des découvertes et de bénéficier de possibilités qui auraient paru inimaginables il y a quelques années, non seulement en génomique, mais en nanotechnologie, en protéomique, en biologie cellulaire, en bioinformatique et dans des dizaines d'autres domaines.

Cette conférence vise à faire passer la science du laboratoire au marché, et du laboratoire au malade alité, dans le cas des produits de santé, pour assurer l'arrimage de la science avec les possibilités commerciales qu'elle procure.

Mais elle poursuit aussi un autre but.Elle vise à repousser les frontières du connu et à réduire l'ampleur de l'inconnu.

Autrefois, on voyait sur les mappemondes l'expression « terra incognita », qui signifie territoire inconnu.Progressivement, au fur et à mesure que des femmes et des hommes courageux ont quitté le confort de ce qui est sûr et certain, l'inconnu est devenu connu et la géographie du monde a pris forme.

Aujourd'hui, les cartes de la connaissance humaine renferment encore des territoires inconnus.Et nulle part l'exploration n'est-elle plus passionnante ou plus importante que dans le domaine de la biotechnologie.

J'ai la certitude que le Canada sera au nombre des pays qui revendiqueront de nouveaux territoires de connaissance au nom de l'humanité.

L'élan prend de l'ampleur. Les possibilités sont grandes. C'est le moment où jamais de passer à l'action.

Merci.


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