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Comprendre l’impact de la COVID-19 sur les Canadiens noirs

Vendredi 26 février 2021

Entretien avec le Dr Upton Allen

Dr Upton Allen

Le Dr Upton Allen, chef de la Division des maladies infectieuses du Hospital for Sick Children de Toronto, veut s’assurer que les Afro-Canadiens ne sont pas laissés pour compte dans la lutte contre la COVID-19. Il dirige une étude de grande envergure sur la prévalence de la COVID-19 et les facteurs de risque dans les communautés noires du Canada, ce qui aidera à orienter la réponse de la santé publique afin de mettre en place des mesures de sécurité plus rigoureuses et équitables, de même que des services d’aide pour les personnes touchées. Un autre projet actuellement en cours porte sur la vulnérabilité génétique à la COVID-19 et les résultats connexes.

La COVID-19 montre une grande variabilité entre les communautés et les individus, allant d’une infection qui passe inaperçue chez des personnes asymptomatiques à une maladie mortelle. C’est la raison pour laquelle des chercheurs du pays, comme le Dr Allen, travaillent ensemble et collaborent avec l’initiative HostSeq du Réseau canadien de génomique COVID-19 (RCanGéCO) par des études indépendantes qui nous aideront à comprendre les différences dans les résultats observés chez les patients.

La plateforme canadienne nationale de séquençage et d’analyse des génomes, CGEn, dirige l’initiative HostSeq et s’efforce d’établir des liens régionaux, nationaux et internationaux pour qu’aucun Canadien ne soit oublié dans la réponse nationale à la COVID-19. Tout en respectant son engagement de séquencer les génomes de 10 000 Canadiens atteints de la COVID-19, l’initiative HostSeq vise également à créer une banque nationale de données génétiques et cliniques représentatives de la population diversifiée du Canada.

Nous avons demandé au Dr Allen de nous parler des études qu’il dirige, de l’importance de la diversité dans les études cliniques et de la façon dont les données produites dans le cadre de l’initiative HostSeq peuvent aider à améliorer les réponses sanitaires à la COVID-19 pour les Afro-Canadiens.


« Il est extrêmement important que les Afro-Canadiens soient directement représentés dans les études pour nous assurer que les données que nous obtenons s’appliquent directement à eux. C’est là une démarche beaucoup plus prometteuse qu’utiliser les données d’autres populations, puis les extrapoler pour la leur. »


Vous êtes un ardent défenseur d’une diversité accrue dans les essais cliniques et vous dirigez actuellement une étude centrée sur les Afro-Canadiens. Pouvez-vous décrire votre travail dans ce domaine et l’importance de la représentation dans les études cliniques?

Les communautés racisées sont touchées de manière disproportionnée par la COVID-19. Les données de la Santé publique de Toronto en août dernier ont montré que les Noirs représentent 9 % de la population, mais plus de 20 % des cas de COVID-19. Nous avons voulu mieux comprendre les raisons de cette observation.

Nous voulons examiner la mesure dans laquelle la COVID-19 s’est répandue dans la communauté et les facteurs socio-économiques, démographiques et médicaux qui pourraient être associés à une probabilité accrue de contracter la COVID-19. Les déterminants sociaux de la santé sont des facteurs de risque importants. Des données qui ont apparu – et qui continuent d’apparaître – montrent que les déterminants sociaux de la santé tels que le revenu, le lieu de résidence et l’accès aux services de santé influencent qui est atteint de la maladie et qui a de bons ou de mauvais résultats

En ce qui concerne notre étude de séroprévalence [taux d’un pathogène dans une population], nous avons commencé à communiquer avec les participants à l’étude au cours de l’été afin d’en arriver à un total d’environ 2 000 Afro-Canadiens. Nous voulons également obtenir jusqu’à 1 000 autres personnes de codes postaux spécifiques pour les inclure à titre comparatif, parce que les facteurs de risque chevauchent probablement des limites raciales et ethniques dans certaines communautés.

Quelle est l’importance de la confiance et de l’engagement communautaire dans votre travail?

Ce sont des aspects absolument essentiels. La communauté noire a nettement des problèmes de confiance en ce qui concerne son traitement dans le système de santé. Cela ne fait aucun doute. Même moi, qui suis un médecin noir qui travaille dans une communauté, ce que voit d’abord la communauté est un membre du système de santé. Il faut reconnaître que cet obstacle initial doit être surmonté. Il faut un long processus de travail minutieux et étroit avec des groupes communautaires pour bâtir la confiance.

Quand nous avons préparé notre étude, nous avons travaillé avec la communauté pendant environ quatre mois pour constituer un groupe consultatif. Nous avons rencontré régulièrement ce groupe pour l’informer, écouter ce qui se passait dans la communauté et le tenir au courant de notre démarche. Lorsque nous avons commencé à obtenir des données préliminaires, par exemple, nous les avons communiquées à la communauté avant de les présenter au grand public.

Comment l’information du séquençage des génomes hôtes vous aide-t-elle à atteindre vos objectifs et contribue-t-elle à la réponse du Canada à la COVID-19?

Notre projet de séroprévalence pourrait faciliter une autre de nos études qui porte sur la vulnérabilité génétique (étude genMARK). Cette dernière fait le lien avec l’initiative HostSeq. La connaissance des génomes de personnes atteintes du virus nous aidera à comprendre la variabilité individuelle des résultats des patients. L’étude genMARK porte sur la génétique pour élucider les raisons pour lesquelles les participants à notre étude ont été atteints de la COVID-19 d’abord, et peut-être, selon la gravité clinique, pourquoi ils ont eu une forme grave de la maladie. Le séquençage génomique et l’analyse de l’initiative HostSeq nous aideront à produire des données immunogénétiques qui pourraient être liées à des données sur les déterminants sociaux afin de mieux comprendre la situation.

En sachant quelles personnes sont à risque, nous pourrons mieux appuyer les stratégies de prévention. Il est primordial d’avoir un processus de financement qui nous permettra de produire rapidement des données axées sur les besoins de populations uniques.

Comment ces travaux aideront-ils à l’avenir? Pourraient-ils favoriser l’adoption du vaccin?

Notre engagement dans la communauté est un modèle sur lequel on peut se fonder pour une coopération soutenue. Nous voulons continuer de travailler avec les communautés pour fournir une information utile qui améliore la vie individuelle et renforce la communauté dans son ensemble. Par exemple, les liens que nous avons établis avec les centres locaux de santé communautaire permettent un échange d’information qui relie notre travail à la communauté dans son ensemble. Les contacts étroits avec ces centres et la communication aux communautés des données que nous recueillons pourraient favoriser les efforts éducatifs concernant l’adoption des vaccins dans un proche avenir.


Le Réseau canadien de génomique COVID-19 (RCanGéCO) a pour mission de relever le défi de la COVID-19 en produisant les données accessibles et utilisables des génomes viraux et humains pour orienter les décisions stratégiques et les décisions en santé publique, et mettre au point des traitements et des vaccins. Ce consortium pancanadien est dirigé par Génome Canada, en partenariat avec les six centres de génomique régionaux, le Laboratoire national de microbiologie et les laboratoires provinciaux de santé publique, les centres de séquençage du génome (par le truchement de CGEn), les hôpitaux, les universités et l’industrie dans l’ensemble du pays.