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Etre aux aguets

Sushi

Des tests d’ADN peu coûteux ont mis au jour une supercherie répandue dans l’étiquetage de la viande et du poisson destinés aux humains et à leurs animaux de compagnie.

EN 2011, lorsque le Boston Globe a publié les résultats de son enquête de cinq mois sur l’étiquetage trompeur de fruits de mer dans les supermarchés et les restaurants du Massachusetts, les consommateurs ont été perturbés. Il y avait un bon risque, ont-ils appris, pour que la plie ou le sébaste aux yeux jaunes pêché localement et qu’on leur avait vendu à fort prix ait été en réalité un poisson beaucoup moins coûteux – souvent un poisson d’élevage expédié depuis des milliers de kilomètres.

En tout, le journal a constaté que presque la moitié des 183 échantillons recueillis auprès de
134 sources portaient une fausse appellation. Une enquête de suivi l’an dernier a montré que la situation n’a guère changé; d’autres études ont indiqué que l’étiquetage trompeur était répandu en Amérique du Nord.

Ce problème a été passé au crible à la suite de recherches novatrices menées au Canada et financées par Génome Canada. Il y a plus de 10 ans, des chercheurs de l’Université de Guelph, dirigés par M. Paul Hebert, ont proposé un nouveau système révolutionnaire d’identification des espèces. Avec moins d’un milligramme de tissu, les chercheurs ont démontré qu’il est possible d’isoler, de reproduire et de séquencer une petite section d’ADN provenant d’une région normalisée dans les génomes de tous les animaux. En comparant le « code-barres » obtenu dans leur bibliothèque de référence d’ADN qui ne cesse de prendre de l’ampleur, les chercheurs peuvent rapidement et à peu de frais reconnaître l’espèce.

Dans son laboratoire au Biodiversity Institute of Ontario, le centre scientifique du projet international de code-barres du vivant (iBOL), l’équipe de M. Hebert a effectué les analyses de l’ADN pour le Boston Globe. Elle a également collaboré avec la Food & Drug Administration des États-Unis pour instituer des tests basés sur le code-barres dans le cadre du programme fédéral américain d’inspection et d’application de la loi.

Selon M. Hebert, il faut aussi plus de transparence sur le marché canadien. De récents tests de code-barres de l’ADN effectués par son équipe ont permis de constater, entre autres choses, que du poulet haché était vendu pour de la dinde, du steak et des hamburgers de zébu qui n’avaient pas été élevés au Canada et que des aliments pour animaux de compagnie faits de maquereau ne contenaient aucune trace du saumon et des sardines inscrits sur l’étiquette.

Vous n’accélérez pas sur la route si vous savez qu’un policier s’y trouvera armé d’un radar.
Paul Hebert, au sujet de la réduction de l’étiquetage trompeur des aliments par suite des tests d’ADN
Barcode of Life

Le projet international de codes-barres du vivant (iBOL), dirigé par le généticien canadien Paul Hebert, fournit des outils pour la traçabilité et la salubrité des aliments. Un importateur canadien de fruits de mer et l’American Food and Drug Administration utilisent cette technologie pour éviter l’étiquetage trompeur sur le marché, ce qui accroît la sécurité pour les consommateurs et les protège de la fraude.