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Lutter contre la tordeuse des bourgeons

Lutter contre la tordeuse des bourgeons

De nouveaux outils génomiques pourraient être un atout économique pour le secteur forestier.

L’ÉPINETTE BLANCHE REPRÉSENTE 26 % du matériel résineux sur pied au Canada, ce qui offre à la tordeuse des bourgeons d’épinette d’immenses possibilités de transformer les peuplements de conifères verdoyants en paysages décimés d’un bout à l’autre du pays. Entre autres raisons de mettre un terme aux ravages de la larve phyllophage se trouve le fait que la récolte annuelle de l’épinette blanche injecte des milliards de dollars dans l’économie canadienne.

L’annonce, en 2013, que des chercheurs canadiens avaient terminé le séquençage du génome de l’épinette blanche, ce qui allait accélérer la mise au point d’applications pour la découverte d’un gène qui résisterait naturellement à la tordeuse des bourgeons de l’épinette, était donc une bonne nouvelle. Comme le génome de l’épinette blanche est six fois celui de l’humain, des défis formidables attendaient les codirecteurs de la recherche financée par Génome Canada, MM. John Mackay de l’Université Laval (maintenant à l’Université d’Oxford) et Jörg Bohlmann de l’Université de la Colombie-Britannique.

« Ce n’était pas rentable jusqu’à tout récemment, dit M. MacKay. Dès que les résultats l’ont été, l’équipe s’est fondée sur une décennie de travail sur la génomique de l’épinette pour produire la séquence en à peine un an et demi. Nous sommes maintenant à en améliorer l’ébauche, dit-il, à extraire toute l’information ».

Les chercheurs ont trouvé, par exemple, que le gène de la résistance à la tordeuse des bourgeons est actif dans le feuillage au moment et à l’endroit où la larve se nourrit, mais que les niveaux d’activité de ce gène varient considérablement d’un arbre à l’autre. Les études en cours permettront de déterminer avec quelle efficacité les chercheurs peuvent choisir les gènes très actifs.

Les chercheurs étudient également les gènes qui influencent le rendement et la qualité de l’épinette blanche. La rigidité et la durabilité du bois, par exemple, sont des caractéristiques importantes en construction immobilière.

Les outils génomiques mis au point grâce à leurs travaux permettront aux sélectionneurs d’évaluer les épinettes après quelques années au lieu d’atteindre 15 ans que les arbres aient atteint la maturité dans une parcelle témoin. « Les répercussions pourraient être rapides », dit M. MacKay.

Si la moitié des grumes de sciage venaient d’arbres choisis en fonction de leurs caractéristiques – par exemple la rigidité du bois – la qualité moyenne du bois pour les scieries canadiennes moyennes s’améliorerait de 15 %, ce qui ajouterait 1,5 million de dollars par année à la valeur des produits. On parle, partout au Canada, d’une augmentation de 300 millions de dollars.

Lutter contre la tordeuse des bourgeons

Quelque 500 millions d’arbres sont plantés tous les ans au Canada. Les revenus du secteur forestier sont évalués à 58 milliards de dollars. Le secteur fait cependant face à des changements environnementaux, à des pressions pour protéger les terres forestières et aux exigences d’un aménagement durable des forêts. Les chercheurs ont déjà ciblé des gènes pour accélérer la croissance, résister aux ravageurs et accroître la durabilité du bois. Des outils sont en cours de conception pour que les responsables des programmes de sélection des arbres puissent sélectionner les semis qui amélioreront la productivité et maintiendront la vitalité des forêts.