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Poisson sous la loupe

Poisson sous la loupe

Les Inuits et leurs partenaires chercheurs s’efforcent de mieux comprendre les espèces marines de l’Arctique afin d’améliorer la sécurité alimentaire et le développement économique durable.

Pour les habitants de Gjoa Haven, un hameau de quelque 1 300 personnes sur la côte sud-est de l’île King William au Nunavut, l’omble chevalier est le fondement d’un régime alimentaire sain. Pêché dans les lacs, les rivières et en mer, ce poisson est abondant et riche en vitamine D. Ce sont là des caractéristiques importantes dans une région nordique éloignée où l’ensoleillement est limité pendant la moitié de l’année et où la plupart des aliments frais doivent être livrés par avion en provenance de centaines de kilomètres plus loin. 

Le pêcheur James Qitsualik, ex-président de la Gjoa Haven Hunters & Trappers Organization, sait où trouver l’omble, connaissance dont il fait bénéficier sa communauté. Le réchauffement climatique ouvre cependant les eaux du passage du Nord-Ouest, ce qui pourrait entraîner une hausse de la pêche commerciale. M. Qitsualik participe   déjà à un projet de recherche visant à établir le profil génétique de l’omble et d’espèces telles que la morue polaire et la crevette nordique pour s’assurer que leurs récoltes demeurent durables pour les générations futures.

« Nous tentons simplement d’aider à mettre une alimentation saine à la portée de plus de gens, dit M. Qitsualik, qui explique que l’omble chevalier pêché près de Gjoa Haven pourrait être envoyé dans une usine de transformation à Cambridge Bay, au Nunavut, assurant ainsi un certain revenu aux habitants de cette localité. Au printemps et à l’été, presque tout le monde pêche ici. »

Selon Mme Virginia Walker, Ph. D., généticienne moléculaire à l’Université Queen’s et l’une des directrices du projet Vers des pêches durables pour les Nunavummiuts, la recherche ne serait pas possible si les connaissances traditionnelles inuites n’étaient pas alliées aux connaissances scientifiques. Elle ne sait pas combien il existe de génotypes distincts de l’omble et d’autres espèces de poissons dans la zone d’étude qui fait la taille de la Grande-Bretagne, mais les aînés lui recommanderont où faire les travaux sur le terrain d’après leurs connaissances des habitats du poisson. L’omble sera pêché et disséqué sur la terre ferme dans un laboratoire mobile tiré par une motoneige, ou surgelé et envoyé dans les universités du sud pour le séquençage de l’ADN. 

« L’analyse génétique nous permettra d’identifier des populations différentes d’omble et nous aidera à comprendre leurs caractéristiques démographiques et leurs modèles de migration, dit Mme Walker. Nous devons être très précis pour établir un plan de gestion des pêches. »

Le projet pourrait aussi aider le Canada à revendiquer plus fermement les eaux contestées du passage du Nord-Ouest. Au bout du compte, toutefois, la sécurité alimentaire prime. « Ce n’est pas réellement le but de notre projet, dit Mme Walker. Ces eaux appartiennent au peuple du Nunavut. Nous ne faisons que les aider par la science. »